Pourquoi sont-ils venus à Copenhague ?
Témoignages - Jean-Louis, Yves, Florent, Charlotte et Bernard, membres de l’organisation les « Amis de la Terre », sont venus dans la capitale danoise en train. Ils expliquent les raisons de leur engagement et leurs attentes.
Recueilli par Sylvain Mouillard
Jean-Louis, dans le train des Amis de la Terre. (S.M)
L’un est dessinateur, l’autre paysan, un troisième est carreleur. Leur point commun ? Ils sont membres de l’organisation « Les amis de la Terre ». Vendredi matin, ils ont pris le train des ONG françaises pour Copenhague. Trois jours de mobilisation, dont quasiment deux passés dans les transports. L’enthousiasme est indéfectible, les raisons de l’engagement parfois profondes.
Elles rompent en tout cas avec l’image traditionnelle de l’ONG écolo, préoccupée essentiellement par les questions environnementales. Si l’organisation se dit « apolitique » - c’est-à-dire non liée à un mouvement – ses membres n’hésitent pas à parler politique. Témoignages.
Jean-Louis, 51 ans, élève des volailles et des cochons en Meurthe-et-Moselle. Barbe blanche, mains rugueuses et calleuses, chemise à carreau, ce « paysan de père en fils » est également membre de la Confédération paysanne.
« Je suis dans ce train pour aller dire aux décideurs qu’ils n’ont pas le choix sinon on ira dans le mur. Mon premier engagement, c’est d’être paysan : travailler la terre pour nourrir les hommes. Mon système idéal, c’est celui des communautés Amish aux Etats-Unis : recevoir les bases de l’instruction puis apprendre un métier sur le tas. Aujourd’hui, les gens ne sont plus paysans, ils sont « exploitants agricoles ». J’ai trois enfants. Le premier va reprendre la ferme, la deuxième a mal tourné, elle est avocate, et le troisième, ça pourrait être le meilleur, il n’a pas de travail ! Oui, je suis décroissant, dans le sens où je veux me passer de tout ce qui est superflu. »
Yves est membre du réseau local de Meurthe-et-Moselle. A 49 ans, ce carreleur au crâne soigneusement rasé se balade avec son « Gorgias » de Platon et son engagement écolo.
« Je suis un écologiste dans l’âme. Tout gamin, j’ai été en harmonie avec la nature. Je veux que nos enfants puissent vivre dans un milieu sain et j’aimerais qu’on puisse freiner la machine. Si on martèle notre message, les gens vont peut-être prendre conscience des problèmes. J’attendais vraiment Copenhague, j’ai même laissé un client dans la merde, je devais finir le sol de sa cuisine ! Ce qui me plaît dans ce genre de mouvement, c’est le mélange entre jeunes et ex-soixante-huitards. Quant au débat avec les sceptiques comme Allègre, cela nous force à convaincre et à renforcer nos arguments. »
Ils sont venus à six. Les volontaires de la section « Nord » des Amis de la Terre occupent ensemble l’avant du train et racontent leur engagement.
Florent, étudiant. « Il faut de la sobriété volontaire. Le terme décroissance est connoté négativement, alors que celui de développement durable a été galvaudé. Ce n’est pas innocent que des dizaines de milliers de personnes manifestent à Copenhague, c’est même bien le minimum d’y être. Cela fait trente ans qu’on parle des questions environnementales, et là les conservateurs libéraux et les socio-démocrates semblent se rendre compte du problème. Il faut une convergence des luttes, pas seulement autour des enjeux écolos. C’est pourquoi il y a aussi à Copenhague des partis politiques, des syndicats, des associations de développement ou de défense des droits humains. Les petits gestes du quotidien c’est bien, mais tant qu’on changera pas de système, basé sur le profit... Un exemple : on va à Copenhague en train, ça nous coûte 150 euros l’aller-retour. En avion, avec Ryanair, ça aurait été 30 euros. Est-ce que payer le juste prix c’est ne pas payer la pollution ? »
Pierre, dessinateur. « Je suis venu aux thèmes de l’écologie plutôt tard, en 2004, en travaillant pour l’Ademe. J’ai choisi de rejoindre les Amis de la Terre car ils me semblaient plus dans la réflexion qu’une organisation comme Greenpeace. Ces derniers mois, mon seul but était de venir à Copenhague. J’y ai mis mes derniers sous. J’espère plus désormais que des demi-mesures. »
Bernard. « J’ai milité au sein de Sortir du Nucléaire, des Amis de la Terre, de Greenpeace ou des Verts. J’aimerais que l’on consomme moins, qu’on arrête les gaspillages. A titre personnel, j’ai passé mes dernières vacances en Suisse. J’y suis parti en train, et me suis déplacé là-bas en vélo. Localement, je me suis engagé contre l’incinérateur d’Arques. »
Charlotte, étudiante. « Aujourd’hui, les mesures écologiques sont récupérées par les multinationales. Cela brouille le message, les citoyens se sentent perdus. L’enjeu de Copenhague, c’est la solidarité internationale, la justice sociale. C’est un peu l’échéance de la dernière chance. Les politiques prennent la question de manière cloisonnée. »


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